
Kafka, Journal, 19 janvier 1915 :
J’étais convenu de faire une excursion dominicale avec deux amis, mais tout à fait par hasard, je ne me réveillai pas et laissai passer l’heure du rendez-vous. Connaissant ma ponctualité habituelle, mes amis s’en étonnèrent, allèrent à la maison où j’avais mon logement, attendirent encore un moment en bas, puis montèrent l’escalier et frappèrent à ma porte. Je fus très effrayé, sautai au bas et ne fit attention à rien, sinon à la nécessité de me préparer au plus vite. Au moment où je franchissais la porte, habillé des pieds à la tête, mes amis visiblement effrayé, s’écartèrent de moi : Qu’as-tu derrière la tête ? s’écrièrent-ils. J’avais déjà senti dès mon réveil, quelque chose qui m’empêchait de pencher la tête en arrière et je me mis à chercher cet obstacle à tâtons. S’étant quelque peu ressaisis, mes amis s’écrièrent « Prends garde, ne te blesse pas ! » juste au moment où je saisissais derrière ma tête, la poignée d’une épée. Mes amis s’approchèrent, m’examinèrent, m’amenèrent dans la chambre devant l’armoire à glace et me déshabillèrent jusqu’à mi-corps. Une grande et ancienne épée de chevalier à poignée en forme de croix était fichée dans mon dos jusqu’à la garde, mais de telle sorte que la lame s’était glissée avec une précision incompréhensible entre cuir et chair et n’avait provoqué de blessure. Il n’y avait du reste pas de plaie non plus à l’endroit du coup où elle avait pénétré ; mes amis m’assurèrent que la fente nécessaire au passage de la lame s’était ouverte sans le moindre épanchement de sang. Et quand montés sur une chaise, mes amis retirèrent lentement l’épée, millimètre par millimètre, il ne vint pas de sang, et la place ouverte sur le coup se referma, ne laissant subsister qu’une fissure à peine perceptible. « Tiens, voilà ton épée » me dirent mes amis en riant et ils me la tendirent. Je la soupesais des deux mains, c’était une arme précieuse, il se pouvait fort bien que des croisés s’en fussent servis. Qui permet à d’anciens chevaliers de roder dans les rêves ? Irresponsables, ils brandissent leurs épées, en percent d’innocents dormeurs, et s’ils ne provoquent pas de graves blessures, c’est tout d’abord sans doute, parce que leurs armes glissent sur les corps vivants, mais aussi parce que des amis fidèles se tiennent derrière la porte et frappent prêts à vous porter secours.

7 commentaires:
excellent mon champ' !!
T'es la meilleure champ !
Germain, this is amazing!!
Thanks, but Kafka helps me a lot !
wow ....what fine fine work germain !
I am brought back to some of my favourite surrealist artists drawings ,also to redon , to kubin, to ......its great .
and thank you for commenting on my work , I cannot comment back on the post ...so apologies for this , I really appreciate your feedback :)
Hi Germain!
I forgot to let you know that I 'found' your note as I was taking my exhibition down! It was a nice little surprise :) Very nice of you to go see it, thanks! d
A Denise : You are welcome !
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